Le statut du chien de service

03/03/2018

Ce mois-ci, je vous propose un sujet qui a été évoqué lors du congrès DOG REVOLUTION à Nanterre les 1 &2 Octobre 2016. Cette thématique parmi toutes celles exposées durant ce weekend fut l'une de celle qui m'a le plus marqué. Elle a été présentée par Céline Louvet, éthologue et praticienne en massage canin. Je n'ai pas pris soins de reformuler son discours mais de la laisser tel que afin de ne pas dénaturer ses propos et laisser libre court à votre propre réflexion sur un sujet qui, pour moi aussi est un sujet sensible qui mérite d'être statué. Voici ses écrits :

La question initiale :

Aujourd'hui le chien de service est un être vivant programmé pour le bénéfice d'une personne vulnérable. Qu'en est-il de la considération de la situation dans laquelle il est placé : travail, souffrance, reconnaissance ? Quel symptôme de notre société cela met-il en avant ?

  La programmation du chien de service :

TRAVAIL : activité professionnelle régulière et rémunérée. Perception subjective d'une activité considérée comme une charge. 
Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et requestionne notre position d'agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l'humain. Les constats vétérinaires · Les vétérinaires n'hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d'assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l'activité :


Rapides apports historiques :

  • Rome antique : premières représentations graphiques du chien guide
  • XIème siècle en Belgique : première utilisation des animaux de manière volontaire pour l'amélioration de l'état psychique de personnes malades
  • 1792 (Angleterre) ; 1867 (Allemagne) : confier le soin de petits animaux à des personnes atteintes de pathologies psychiatriques
  • 1915 : création en Allemagne du premier centre d'éducation : recyclage des bergers allemands pour les soldats aveugles ü 1958 : création de l'école des chiens guide de Roubaix
  • 1980 : création de l'école des chiens guides de Paris ü 1989 : création de l'ANECAH qui deviendra Handi'chiens
  • Textes réglementaires applicables : Décret 2005-1176, arrêté de mars 2014 et instruction de mars 201

 La programmation du chien : 

TRAVAIL : activité professionnelle régulière et rémunérée. Perception subjective d'une activité considérée comme une charge. 
Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et requestionne notre position d'agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l'humain. Les constats vétérinaires · Les vétérinaires n'hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d'assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l'activité :

La sélection du chiot : Depuis le décret de 2005, obligation de chiens LOF, traçabilité des élevages, critères comportementaux et esthétiques. Chiens sortis des élevages à 8 semaines 

La vie en famille d'accueil : Éducation de base, socialisation (vie en famille, apprentissage des ordres de base et de la propreté)

L'éducation en centre : Programmation aux attendus en fonction du handicap Chiens guides - chiens d'assistance - chiens écouteurs 

La remise : Le choix du bon chien pour le bon bénéficiaire.

Chiens réformés : Problèmes de pathologies ou de comportement : adoption 

Chiens retraités : Le retour en famille d'accueil Tout cela pour une situation de travail H24 durant des années nécessitant hyper-vigilance, déplacements constants, hyper-adaptabilité.    

Premières questions :

  1. Qu'en est-il de l'équilibre émotionnel d'un chien qui passe par des ruptures de situations de vie, avec en plus un conditionnement intensif ?
  2. Qu'en est-il de la responsabilité comprise par les bénéficiaires quand un chien leur est remis ?
  3. Quand considère-t-on les conditions de vie et de travail du chien ? Dès qu'il est chiot, quand il est remis ou jamais ?
  4. Est-on conscient que l'on ne se préoccupe que du bien-être et non de la souffrance au travail du chien ?
  5. Quelle prise en compte des besoins éthologiques du chien ?

Le travail du chien de service : 

 Définitions :

TRAVAIL : activité professionnelle régulière et rémunérée. Perception subjective d'une activité considérée comme une charge. 
Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et requestionne notre position d'agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l'humain. Les constats vétérinaires · Les vétérinaires n'hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d'assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l'activité :


TRAVAIL : activité professionnelle régulière et rémunérée. Perception subjective d'une activité considérée comme une charge. 


SOUFFRANCE : Contrairement à la douleur, la souffrance n'est pas évaluable, elle est contagieuse. C'est une dynamique qui transforme notre capacité d'agir. Elle est subie. Dans le cadre du travail, elle est liée à la répétition. Dualité corps / âme : douleur du corps et souffrance morale 

RECONNAISSANCE : principe dynamique. Habermas nous dit que « c'est un respect mutuel portant à la fois sur la singularité et l'égalité de toutes les autres personnes ». C'est un sentiment qui incite à se considérer comme redevable envers la personne de qui on a reçu un bienfait.  


Le travail animal :

  • L'indispensable nécessité de reconnaître l'existence des rapports sociaux entre l'homme et l'animal de travail (exemple des animaux d'élevage) ·
  • Considérer la relation de travail entre l'homme et l'animal comme vivante, affective, une production collaborative ·
  • Accepter de reconnaître une sensibilité, une subjectivité, un ressenti moral aux animaux ·
  • Accepter de prendre en compte leur adaptabilité et leur capabilité

Questions suivantes

Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et requestionne notre position d'agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l'humain. Les constats vétérinaires · Les vétérinaires n'hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d'assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l'activité :
  1. Si l'on considère que l'animal travaille, quelle est alors sa rétribution ?
  2. Quelle organisation du travail est mise en place ?
  3. Quelles conditions de travail lui sont offertes ?  Quel repos, quelles vacances, quelles conditions de remplacement ?
  4. Comment évalue-t-on sa souffrance à l'heure de l'explosion de la prise en considération des troubles psycho-sociaux chez l'homme ?
  5. Comment mesure-t-on l'épuisement du chien ?
  6. Comment lui témoigne-t-on de la reconnaissance ?
  7. Quel statut de travailleur ?
  8. Est-il un salarié ? Quel contrat de travail ?
  9. Quelle responsabilité pour le bénéficiaire et les associations ?  

Quelques points de vue :

Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et requestionne notre position d'agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l'humain. Les constats vétérinaires · Les vétérinaires n'hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d'assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l'activité :

Les approches contemporaines Corinne PELLUCHON, spécialiste de la question de la vulnérabilité et du soin, précise que le chien de service est un bien de consommation, que les personnes handicapées n'auraient sans doute pas eu de chien si elles n'étaient pas en situation de vulnérabilité. C'est un objet de satisfaction car il répond à un besoin d'autonomie.

Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et requestionne notre position d'agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l'humain. Les constats vétérinaires · Les vétérinaires n'hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d'assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l'activité :
  1. Vieillissement général prématuré
  2. Apathie repérée au bout d'une année de travail
  3. Problèmes au niveau des articulations, du dos et des hanches
  4. Problèmes endocriniens
  5. Baisse significative et précoce des fonctions sensorielles
  6. Altération des fonctions respiratoires et cardiaques  

L'idée que je défends 

Ce qui n'est pas pris en compte : 

Ne sont pas pris en compte les besoins du chien :

  1. Besoins éthologiques : balades quotidiennes en liberté, contact avec les congénères, avoir une « vie de chien »
  2. Besoins d'hygiène et de confort : bains, soins d'entretien
  3. Organisation du travail : phases de repos clairement identifiées
  4. Statut « juridique » de travailleur vivant 

N'est pas pris en compte son statut de travailleur :

  • Organisation du travail : phases de repos clairement identifiées
  • Statut « juridique » de travailleur vivant 

Ce qui pourrait être proposé :

  • Une meilleure compensation des besoins du chien :
  • Financement de personnes pouvant effectuer la satisfaction des besoins éthologiques quand l'entourage de la personne handicapée ne peut le faire
  • Financement des soins d'hygiène et de confort
  • Un suivi vétérinaire spécifique comme la médecine du travail
  • Une reconnaissance du travail fourni par une meilleure prise en considération de cet aspect par les associations et les bénéficiaires qui doivent être davantage responsabilisés
  • Et pourquoi pas deux chiens ? Permettre ainsi une vraie alternance et un vrai respect des conditions de travail
  • Une anticipation de l'ère robotique : A l'aube des robots domestiques, quel devenir pour le chien de service ?

La relation d'aide :

 incontournable souffrance sociétale Notre vision du handicap : une anormalité que l'on veut rendre normale. L'impossible défi ! Notre vision occidentale et judéo-chrétienne : pas de souci avec le sacrifice animal, le sacrificiel faisant partie de notre identité. La pitié, la culpabilité et la réparation : trilogie impitoyable de la conjoncture des vulnérabilités. Ce qui nous arrange bien ! (Bassin d'emplois, image sociale d'entre-aide...) La nécessité de casser les modèles : reconnaître un statut de travailleur au chien permettra d'améliorer la considération de l'aide humaine. 


 Source : texte intégrale écrit et exposé par Céline Louvet lors de du Congrès Dog Révolution le 1&2 octobre 2016 à Nanterre Université.